Samedi 12 mars 2011 6 12 /03 /Mars /2011 15:30

 

 

LAC TCHADL’important recul de la superficie au cours de ces dernières décennies alarme les riverains, les membres de la Commission du basin lac Tchad, les humanitaires et une grande frange du monde scientifique. « En moins d'un demi siècle, la superficie du lac Tchad a été divisée par dix, pour ne s'étendre aujourd'hui que sur 2 500 Kilomètres carré », alors problème climatique, de sécheresse, de pluviométrie ou utilisation abusive des eaux pour l'irrigation…Autant de questions sans réponses précises. Nous avons sollicité un entretien avec un humanitaire tchadien Mohamed Saleh IBNI OUMAR, Président de l'ONG « Bouger pour le Tchad ». Cette organisation dotée du site MOVE4CHAD.ORG et qui publie et relaye beaucoup sur ce sujet et tant d’autres relatif au développement du Tchad.

 

Entretien réalisée par M. Augustin BEGUY du Journal tchadien « Tchadenligne.com »

AUGUSTIN BEGUY: Mohamed Saleh IBNI OUMAR, bonjour!

MSIO : Bonjour!

 

A.B : Expliquer nous un peu ce qui se passe avec le lac Tchad ?

 

Le lac Tchad lui continue de subir une disparition déjà programmée. Dans son documentaire « une vérité qui dérange », Al Gore citait déja le lac Tchad en exemple, comme une des manifestations les plus alarmistes du réchauffement de la planète, cette thèse est reprise d'ailleurs par plusieurs scientifiques, mais es ce vraiment cela. Second réservoir d’eau douce de la planète il y’a quelques années, il est aujourd’hui menacé de disparition. Ce lac qui joue un rôle économique crucial dans la région : partagé entre le Tchad, le Cameroun, le Niger et le Nigéria, est censé fournir de l'eau à plus de 30 millions d'habitants. De l'avis général au sein de la communauté scientifique, le recul du lac serait la conséquence d'un long déficit de pluviosité combiné à une utilisation massive des eaux du lac et des rivières pour l'irrigation. Durant les quatre dernières décennies, la population a quadruplé aux abords du lac, notamment du fait d'un afflux de migrants climatiques remontés du Sahel.  il faut aussi ajouter « la sécheresse de 1973 et la prolifération des espèces de papyrus qui poussent sur les rives et consomment d'importantes quantités d'eau ». Des effets conjugués qui, à long terme, pourraient conduire à l'éradication totale de ce qui fut jadis l'un des plus vastes du monde.

 

A.B : Qu’a dit Copenhague sur ce sujet alarmant ?

 

Au dernier sommet de Copenhague, on a vue le slogan "Sauver le lac Tchad". Mais c'est resté sans suites Depuis, que de spécialistes à son chevet, que des populations tourmentées par sa disparition annoncée. Le lac Tchad est peu profond mais de taille importante, limitrophe à 4 pays. Ce lac Tchad qui disparait à l’œil nu doit être au centre des préoccupations et des débats pour le développement durable.

 

A.B : Quelles sont les causes de cet assèchement spectaculaire ?

 

 

Au Tchad comme dans les pays de l’Afrique sèche, l’eau et l’énergie sont au cœur des enjeux du développement durable. Face à l’augmentation des besoins liés à la forte croissance démographique et urbaine que connaissent ces pays, la maîtrise de l’eau et de l’énergie sont centrales.  L'état actuel du Lac Tchad est comparable à celui qu’on a pu observer au début du XXe siècle ; les écosystèmes ne cessent de changer : la référence au passé est indispensable pour comprendre le sens des changements. Cette région est soumise aux contraintes caractéristiques de l’ensemble du Sahel, en particulier une croissance démographique qui compte parmi les plus fortes du monde et pose le problème des déséquilibres entre population et ressources naturelles. La compréhension d’un système complexe comme est le bassin du Tchad nécessite une approche globale, intégrant les données climato-hydrologiques et les facteurs humains (démographie, modes d’exploitation de la nature, rapports sociaux, représentations culturelles, enjeux géopolitiques). Le lac fonctionnant comme une machine à évaporer, son volume en eau dépend des apports des cours d’eau, Chari et Logone pour plus de 80%. Le cycle de sécheresse commencé en 1973 a provoqué l’assèchement de la cuvette nord. Les apports du Chari ont enregistré une baisse conséquente. Depuis une vingtaine d’années la situation a peu changé, les rapports entre eaux libres et marécages sont à peu près stabilisés. Les images de la NASA permettent de suivre l’évolution des contours des surfaces en eau. La végétation naturelle tout autour des zones récemment exondées, crée de nouvelles frayères pour les poissons  et fournissant des apports en fourrage pour les éleveurs. 

 

 

A.B : Certains scientifiques évoque un assèchement du a un phénomène cyclique, et qu’il n’y a pas lieu de s’alarmer?

 

La confrontation des courants scientifiques est intéressante pour qualifier réellement ce qui se passe. Certains disent que l’assèchement du lac Tchad est un phénomène cyclique, et d’autres, qu’il faut réaliser une ponction des eaux souterraines pour solutionner le problème. Il y en d’autres qui vont encore plus loin et déclarent qu’il faut bombarder les nuages et créer une pluie artificielle pour faire monter les eaux du lac Tchad. Et ceux qui estiment qu’il faut transférer une partie des eaux de l’Oubangui vers le Chari. La démarche du développement durable, soucieuse de placer l’homme au centre de la réflexion, doit répondre à cette exigence intellectuelle.

 

A.B : Quelles pourraient être les solutions ?

 

Il faut prévoir des actions d’envergure. Scientifiques, représentants des Etats concernés et de leurs sociétés civiles, membres des instances internationales et du monde économique doivent se réunir afin de dégager des solutions pour « sauver le lac Tchad ».Il faut étudier les moyens de solutionner le problème de l’assèchement. Il faudra une confrontation des différentes écoles pour aboutir à la solution la plus scientifiquement durable qui pourra réellement sauver le lac Tchad. Les enjeux de gestion du bassin du lac Tchad méritent d’être interprétés par rapport aux situations comparables des zones sèches, notamment du Sahel. Il faut dans le même temps assurer la préservation de la biodiversité et la durabilité des écosystèmes, dans un contexte hydrologique rendu incertain. De nombreuses expériences de gestion des filières bois énergie menées dans les différents Etats du Sahel depuis une vingtaine d’années reposant dans des proportions variables sur les Etats, des acteurs privés ou décentralisés doivent être capitalisées pour éclairer les perspectives de ce secteur et les options disponibles, en lien avec la question de la transition énergétique.   Les questions minières et pétrolières pourraient interférer avec les dynamiques écologiques et anthropiques qui modifient sans cesse le vaste bassin endoréique du lac Tchad. Au Tchad et au Niger, des projets en cours ont le mérite de prendre en considération les besoins nationaux, à la différence de projets classiques exportant le pétrole vers le marché mondial contre une rente pour l’Etat. Le devenir du lac Tchad pourrait passer par le développement des énergies nouvelles et renouvelables. Un autre projet d'envergure mené par la Commission du bassin du lac Tchad pour ralentir cet assèchement du lac, mais qui n'a pas encore démarré est celui du transfert des eaux du fleuve Oubangui partant de la Centrafrique par un "pipeline" pour renflouer le lac en eau. 

 

A.B : Comment un tel projet pourrait-il être financé ?

 

MSIO : Le projet est en cours d’étude . Les conclusions seront bientôt soumises aux Etats membres via la CBLT. Les pays développés seront sollicités pour le financement. Car le développement du lac Tchad permettrait de stopper l’avancée du désert et représente par ailleurs un grand réservoir de biodiversité. Des espèces endémiques, comme le bœuf kouri qui vit dans l’eau, n’existent nulle part ailleurs dans le monde. Le lac produit aussi de la spiruline, une algue très nutritive. De plus, la pêche, l’élevage, l’agriculture, attirent une importante immigration, des personnes de plusieurs nationalités. Donc le lac Tchad est un atout pour les pays membres de la CBLT et au-delà pour toute l’Afrique. Nous solliciterons les partenaires des institutions de Brettons Wood pour financer le projet.

 

A.B: Selon votre sentiment propre, le lac Tchad est-il vraiment menacé de disparition ?


MSIO:
Oui, et il faut trouver des solutions durables. Le Tchad est devenu maintenant le pays le plus chaud du monde. Nous avons des températures qui atteignent les 50 degrés. Le lac connaît l’ensablement, de nouvelles îles sont créées. En plus, il pousse des plantes aquatiques qui le rétrécissent et rendent la navigation difficile. Le lac Tchad connaît de sérieux problèmes, quoiqu’on dise que c’est un phénomène cyclique. Il ne faut pas voir le lac Tchad seulement comme un bassin qu’on va remplir, il faut penser aux problèmes connexes. L’un de ses principaux affluents, le Komadougou-Yobé, au Niger, a cessé de l’alimenter. Ses autres affluents, le Logone et le Chari, sont menacés d’ensablement. Les problèmes de l’agriculture, de l’élevage, de la pêche, il faut les prévoir, comme les risques de conflit et de famine qu’engendre le rétrécissement du lac.

 

A.B: En rencontrant des pêcheurs et des agriculteurs sur les bords du lac Tchad, il y a des  inquiétudes (par exemple de voir leurs champs et maisons inondés). Qu’y répondez-vous ?

 

MSIO: Ces pêcheurs, avant, n’habitaient pas le lac Tchad. Cette nouvelle situation leur permet d’y pêcher et d’avoir des intérêts pour leur survie. Ils sont arrivés là avec la création des îles. De même pour les agriculteurs : ce n’était pas le lieu où ils vivaient avant. Ils défendent des intérêts particuliers. Le transfert des eaux doit se faire avec le désensablement et des schémas d’aménagement pour que l’eau revienne à son niveau antérieur.


 

 

A.B: Si les scientifiques trouvent des solutions meilleures que celles qui vous ont déjà été proposées, les écouterez-vous ?


MSIO :
On laisse libre cours aux scientifiques. A eux de nous trouver une solution. S’ils sont capables de nous en trouver une meilleure, plus convaincante que le détournement des eaux du fleuve Oubangui, qu’ils nous le prouvent, nous en serons très heureux.  

A.B: Mot de la fin.

A elles seules, la CBLT et ses Etats membres se trouvent être confrontés et dépassés par l’enjeu que pose le lac Tchad. Un enjeu qui exige des compétences scientifiques et un appui financier pour soutenir le projet qui permettra de faire face à la catastrophe écologique annoncée.  

A.B: Merci  

MSIO : C’est moi qui vous remercie

Par MOVE4CHAD - Publié dans : REFLEXION
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